vendredi 21 novembre 2014

LA SAGA DES RUNA











C'est une aventure un peu folle, mais irrésistible,
car elle implique avant tout des hommes liés par l'amitié. 
C'est l'histoire d'une passion commune, 
une chronique marquée par l'amour de l'art 
et de la culture que j'ai tenu à rapporter. 
Voici La Saga des Runa...

Yves Carcelle (1848-2014)


Le Livre est en souscription jusqu'au 4 décembre 2014

Pour acheter le livre, aller sur le site : http://www.lasagadesruna.com


Je viens de mettre un point final à mon dernier livre : LA SAGA des RUNA. Il s’agit d’un ouvrage dont Yves Carcelle, l’ancien PDG de Louis Vuitton, m’avait confié l’écriture.


Yves était tombé sous le charme des créations d’un danois, architecte de profession, yacht designer occasionnel et passionné de navigation hauturière, amoureux et chantre d’une nature sauvage, membre du prestigieux Royal Danish Yacht Club : Gerhard Rønne (1879-1955), qui n’a, en tout et pour tout, dessiné que 10 voiliers dont 7 Runa !

Gerhard Peter Rønne ©Jacques Taglang

En 2009, Yves Carcelle est tombé sous le charme des créations de Rønne. Il a ainsi acquis le yawl Runa IV (1918) et le cotre Runa VI (1927) et les a magnifiquement fait restaurer par le chantier du Guip, à Brest.

Le yawl Runa IV (1918) peut après sa mise à l'eau après restauration au chantier du Guip, juin 2011 ©Nigel Pert

Le cotre Runa VI (1927), peu après sa mise à l'eau au chantier du Guip, mai 2013 ©Nigel Pert

La Saga des Runa rapporte fidèlement cette histoire qui permettra au lecteur de voyager sur les mers Baltique, du Nord, dans la Manche, en passant par la baie de San Francisco ou le long des rives brumeuses de Mystic, Rhode Island, avant de cingler sur la route des Vikings pour longer les côtes portugaises et sillonner enfin les flots de la Méditerranée…

Les hommes et les femmes qui ont croisé à bord des Runa, modestes passionnés ou personnalités plus en vue – un ex-commodore du Royal Yacht Squadron, le fils d'un prestigieux pâtissier français, un grand financier portugais – nous font découvrir ces petits canots pleins de charme.

Runa (1910). Premier du nom. Il est désormais le voilier amiral du musée danois du Yachting, à Svendborg

Le rêve d’Yves Carcelle était de retrouver tous les bateaux de Gerhard Rønne – cinq sont aujourd’hui en état de naviguer – dont le premier, Runa (1910) et deux existent toujours mais nécessitent d’importants travaux. 


Plans originaux de Runa (1910) 

De nombreux indices laissent penser qu’il serait possible de retrouver les trois derniers… Un incroyable pari qui très certainement, un jour deviendra réalité.

Il faut en outre savoir que dans le domaine du yachting, ces « petits » bateaux n'ont jamais fait l'objet d'une étude aussi développée et approfondie.

De plus, Gerhard Rønne fut notamment l'ami de Knud Degn (1880-1965), médaille d'argent aux Jeux olympiques du Havre (France) en 1924 et du peintre de Marine Sigurd Kielland-Brandt (1886-1964).

Runa VI peint par Sigurd Kielland-Brandt ©Jacques Taglang

Il a baptisé ses propres voiliers Runa (il s'en dessina à titre personnel 6 unités), expliquant ainsi le choix de ce mot : « C'est un nom que j'ai trouvé en moi. Il signifie rune ... C'est un rien mystique. Et j'ai conscience qu'il sonne bien. »

Plan de voilure de Runa VI. ©François Chevalier. François a redessiné les plans (lignes, couples et voilure) de TOUS les bateaux conçus par Gerhard Rønne. Une collection unique !

Le livre retrace en détail la restauration de Runa IV et de Runa VI menée par le Chantier du Guip. 

Runa VI tel qu'il a été récupéré par la chantier du Guip en 2011... ©Michel Le Coz

Runa VI en cours de restauration au Guip. ©Nigel Pert

Difficile de concevoir univers plus merveilleux que le chantier du Guip à Brest pour envisager et assurer la renaissance de Runa IV et de Runa VI

Yann Mauffret, l'emblématique animateur du chantier du Guip, à Brest

En effet, Le Guip est un lieu rare, habité par des hommes enthousiastes, forts d’une solide culture maritime, dont l’excellence est le maître mot.Yann Mauffret en est le lumineux animateur.

©Nigel Pert. Yves Carcelle en septembre 2013 à Saint-Tropez, à la barre de Runa VI

Les magiciens du Guip ont redonné vie aux deux Runa d’Yves Carcelle…
En découvrant son Runa VI pour la première fois à l’eau, il avait murmuré, ému :
« Je me sens comme un gosse qui vient de découvrir le jouet qu’il attendait depuis longtemps : fébrile et impatient. »

Jacques Taglang

Lien pour acquérir le livre : http://www.lasagadesruna.com/


Les photos de Nigel Pert illustrent abondamment le livre.




lundi 3 novembre 2014

Little Cup - - La Petite Coupe - - Spice - - 1976


Spice, un Class C très particulier


La Petite Coupe de l’America, comme il est coutume de l’appeler, est depuis son origine, en 1961, le creuset d’inventions les plus extravagantes. Après Dulcinea, le Class C Danois de 1970 que j’ai décrit récemment sur le site, il en est un qui ne passe pas inaperçu lorsqu’il arrive aux États Unis pour les sélections des challengers de 1976. J’ai nommé Splice. Le premier et seul Class C d’origine Sud Africain connu, mais quel Class C !

Splice ne ressemble à aucun autre Class C de l’histoire. Conçu par un spécialiste du planeur, il s’est avéré redoutable au près, mais inefficace aux autres allures. 
Les particularités de Splice sont telles que je ne sais par laquelle commencer. À la base, il répond en tout point à la Class C, soit 25 pieds de long, (7,62 mètres), 14 pieds de large (4,27 mètres), et une surface de 300 pieds carrés (27,87 mètres carrés). Cependant, en principe et par définition, il y a deux équipiers à bord, or il n’y a qu’une place dans le cockpit à la base de l’aile, et, comme l’aile occupe la largeur de la poutre entre les coques, l’autre équipier est bien embarrassé pour changer de bord. L’aile comporte un volet de bord de fuite sur toute sa hauteur, et un aileron arrière de stabilisation, lui-même équipé d’un volet de bord de fuite. Cette configuration s’apparente aux catamarans à gouverne automatique développés notamment à Seattle aux USA. La liaison entre les deux coques est assurée par une large poutre, cependant plus étroite que la base de l’aile. 

La revue AYRS (Amateur Yacht Research Society) avait fait paraître cette esquisse de Splice en mars 1976, en précisant qu’un chercheur russe avait déjà proposé cette solution d’habitacle sur un char à voile, en 1940. 
   
L’aile est particulièrement élancée, et tourne de 360° sur sa base sur un disque en bois dur. Il n’y a pas de haubans, pas plus de trapèze pour l’équipier, et le barreur reste dans son habitacle de verre (en plexiglass). Il commande l’aileron et son volet qui orientent l’aile, ainsi que le volet de l’aile ; les safrans sont commandés par pédalier. Le pilote enfermé dans l’aile ne crée pas d’obstacle aérodynamique, mais bloqué dans sa cabine, il ne participe pas au rappel. La dérive, unique, est sous l’aile, au centre et pivote latéralement ! Les coques ont des francs bords très bas sur l’eau, les étraves sont équipées de bulbes comparables à ceux des cargos. Cette protubérance se prolonge presque jusqu’à la hauteur du bras central. Les extrémités arrière sont pincées et les safrans, sous les coques, pivotent dans une fente en se relevant.

Pendant la seconde guerre mondiale, un norvégien, Fin Utne, avait réalisé un voilier à aile équipée d’un aileron auto-orientable, le Flaunder. (Collection AYRS)

Son concepteur et constructeur, âgé de 54 ans, le Sud Africain Patrick Beatty, demeurant à Bedfordview, dans la banlieue de Johannesburg, est un pilote de planeurs, ingénieur et constructeur. Il vient de passer trois ans à réaliser ce Class C et l’a testé sur un lac près de Johannesburg avant de l’expédier à Rowayton dans le Connecticut. En ce mois de septembre 1975, le Roton Point Sailing Association est en pleine ébullition. Trois semaines de compétitions vont se succéder, le championnat de la NAMSA (North American Multihull Sailing Association), le Championnat Pacific et Atlantic puis les sélections pour définir le challenger de la Petite Coupe qui se déroulera en février contre Miss Nylex, en Australie.

Le New York Times a retenu cette photo de Splice pour relater les rencontres de la sélection pour le challenger de la Petite Coupe à la Roton Point Sailing Association, à Rowayton, sur le Long Island. (photo : Joanne A. Fishman)    

Pour sa première sortie, Pat voulait naviguer seul, mais il lui a été rétorqué que la règle de la Class comporte deux équipiers, aussi le club lui adjoint un jeune volontaire. Compte tenu du danger couru par le jeune homme dans les virements de bord, sans compter les risques de s’empaler sur le levier de relèvement de la dérive, le comité autorise Pat à naviguer sans équipage.

Le Sud Africain Patrick Beatty devant Splice, on distingue dans le coin en bas à gauche le volume du bulbe d’étrave. (Collection Steve Clark)    

Rapidement, Splice s’avère redoutable au près, avec un cap inhabituel. Mais sur les bords de largue, sa stabilité latérale est mise à mal, la coque sous le vent s’enfonce. Puis, au portant, la rentabilité de l’aile devient très faible, les volets étant relativement peu importants par rapport à l’aile. Sa seule possibilité de progresser est de tirer des bords de largue sur le bord de portant.

Spice lors de sa première sortie, l’équipier couché sur le pont et Pat Beatty dans son habitacle aux commandes, comme sur ses planeurs. (photo : Dan Nerney)

Cette première journée de régate sera sa dernière. La nuit, un vent violent endommage le voilier à terre, et Pat ne pourra le réparer à temps pour participer aux sélections. Il tronque l’aile, et la cède au Professeur Sam Bradfield, de l’Université de Stonybrook. Sam, pionnier des hydrofoils, conserve Splice quelque temps alors que Pat retourne dans son pays sans jamais revenir au Class C. Lui et son épouse sont morts dans un accident de la route en 1991.

Après une nuit de tempête, Pat décide d’alléger et de tronquer l’aile de Splice, et met son voiler en vente avant de rentrer en Afrique du Sud. (Collection Steve Clark)    

Les sélections américaines se soldent par la victoire du voilier d’Alex Kozloff Aquarius V venu de Californie, alors que Patient Lady III avait dominé les championnats, mais a brisé son aile la dernière semaine de course. En février 1976, Alex Kozloff défend victorieusement les couleurs américaines contre Miss Nylex, le précédent vainqueur.

Alex Kozloff, ingénieur aérodynamicien, est un fervent du cata léger. Il est persuadé qu’une voile comme Aquarius V  peut supplanter une aile si le bateau est suffisamment léger, dans certaines conditions de vent. Le défi 1976 lui donne raison et il bat l’Australien Miss Nylex, le premier vainqueur de la Petite Coupe muni d’une aile, 4 à 3.    

La prochaine LittleCup aura lieu à Genève à la Nautique, en septembre 2015.

François Chevalier  Octobre 2014


Class C
Longueur hors tout : 25 pieds (7,62 mètres)
Largeur : 14 pieds (4,27 mètres)
Surface de voilure (espars compris) : 300 pieds carrés (27,87 mètres carrés)
2 équipiers

- «Histoire de la Petite Coupe», François Chevalier, Editions de La Martinière, 280 x 310 mm, 224 pages, 90 plans, cartes, ainsi qu’une autre édition en anglais («LittleCup Story»), à paraître toutes deux en avril 2015.


- Cette appellation de «Petite Coupe de l’America», tout comme celle de «Little America’s Cup», a été récemment interdite par sa grande sœur, alors que dès la première édition, la presse américaine avait édité qu’ils avaient perdu la “Little America Cup“. Officiellement, entre 1961 et 1996, l’événement s’est appelé ITTC, International Catamaran Challenge Trophy, puis entre 2004 et 2013, ICCCC, International C-Class Catamaran Championships. Il prend le nom désormais de LittleCup, ou Petite Coupe en français.
- Merci à Duncan MacLane, skipper des Patient Lady et Architecte naval, pour sa précieuse collaboration.