mercredi 26 novembre 2014

SYDNEY-HOBART 2014 & LES 100 PIEDS


Les 100 pieds (30,48 m) à la Sydney-Hobart, ou la bataille des géants
©François Chevalier - Comanche (2014)

Cinq Maxi de cent pieds (30,48 m) parmi les 119 voiliers inscrits sont au départ de la soixante-dixième Rolex Sydney Hobart en Australie le 26 décembre, dont le tout nouveau Comanche de Jim Clark conçu par VPLP et Guillaume Verdier.

Mis à l’eau le 27 septembre dernier au chantier Hodgdon à Boothbay, au nord de Boston, Comanche a reçu son mât et sa quille à Newport et n’a navigué que le temps d’aller rejoindre le cargo qui l‘emmenait à Sydney, à Charleston, en Caroline du Sud.

Jim Clark, fondateur de Netscape, projette de remporter quelques grands prix et quelques records. Au programme, après Sydney, le Fastnet, la Course des Bermudes, la Transat et la Transpac. En ce qui concerne les records, celui des 24 heures est en ligne de mire, et Jim aimerait être à bord pour battre celui de Mari-Cha IV à travers l’Atlantique, 6 jours, 17 heures et 21 minutes et, pourquoi pas, le Tour du monde. Comme l’annonce son skipper, Ken Read, président de North Sail, « Ce bateau n’est pas fait pour tourner autour de trois bouées ».

Réalisé en à peine un an, Comanche est le plus grand voilier en carbone préimprégné construit aux USA. Le choix des architectes a été dicté par les victoires des IMOCA de Guillaume Verdier et du cabinet VPLP. 


©François Chevalier - Comanche (2014)


Cependant, l’échelle de Comanche, 30,48 mètres de long, 8 mètres de large et 6,80 mètres de tirant d’eau ne suppose pas une simple extrapolation. De plus, le Maxi devait pouvoir rentrer dans la jauge IRC, et éventuellement remporter les coupes en temps compenser, même si cela n’était pas le premier objectif. Toutes les manœuvres se font à la force des bras. Il se trouve qu’avec un rating de 1,929, Comanche est moins pénalisé que le vainqueur de l’année dernière en temps réel, Wild Oats XI, qui avait un rating de 1,973, et était quatorzième en temps compensé. Chacun sait que pour vaincre en temps compensé, les Maxi devront pratiquement s’approcher ou battre le record détenu par Wild Oats en 2012, de 1 jour, 18 heures, 23 minutes et 12 secondes, et pour cela il faudra qu’il y ait beaucoup de vent, et pas trop d’allures de près.

Les architectes ont conscience qu’en dessous de 5 nœuds de vent, il n’est pas possible de concurrencer les coques étroites, mais la course Sydney Hobart a vu, depuis 1945, plus de coups de vent que de calme établi sur les 628 milles du trajet.

©François Chevalier - Wild Oats (2005 - v 2014)


Mis à l’eau trois semaines avant le départ du Sydney-Hobart 2005, Wild Oats XI a su s’imposer dès la première année, depuis, il a cumulé les victoires au point de paraître invincible : neuf victoires dans la Sydney-Hobart dont deux victoires, en temps compensé, et deux records.

Après avoir connu maintes configurations d’appendices, le voilier avait cependant tendance à s’enfoncer au portant dans la mer formée, limitant ainsi sa vitesse moyenne. La solution, testée à l’Audi Hamilton Island Race 2013, a consisté à ajouter un foil latéral rétractable, horizontal, placé au niveau du mât, au niveau de la flottaison, sur lequel le voilier s‘appuie pour s’alléger.

Ce foil, épais et porteur, en carbone, mesure 55 centimètres de large pour une extension de 2,75 mètres. Il assure une portance sur la partie avant du voilier, qui dégage mieux son étrave, et favorise le planning.

La dérive avant, au profil épais, ajoutée en 2012, a pour but de corriger l’instabilité des départs au lof ou à l’abattée sur les crêtes de vagues aux allures portantes. En effet, sur ces longs déplacements légers, prolongés de bouts-dehors importants, les voiles de portant déplacent le centre de voilure très sur l’avant, et ont tendance à rendre le bateau mou. Pour cette année, l’étrave a été gonflée en reprenant les formes sur deux mètres, et un nouveau bout-dehors, plus long et plus léger, a remplacé l’ancien. En effet, devant la concurrence, Wild Oats se doit de mettre toutes ses chances dans les petits airs, où il se sait supérieur aux deux plats à barbe que sont Comanche et Perpetual Loyal.

Les formes de Wild Oats font apparaitre une coque avec des fonds légèrement arrondis, des flancs évasés, une flottaison étroite (4,10 m) et un creux de coque positionné en avant de la quille. À la gîte, la flottaison utilise bien toute la longueur du voilier, la surface mouillée est réduite, et les dérives jouent leur rôle. Il faut ajouter que l’axe de la flottaison de cette coque étroite bascule peu en gîtant, favorisant un bon angle de remontée au vent.

Perpetual Loyal, ex Rambler 100, a été acquis par le Néo-Zélandais Anthony Bell qui a remporté la Sydney Hobart en 2011 en temps réel, battant Wild Oats XI de 3 minutes et 8 secondes avec son Investec Loyal, un plan Greg Elliott et Clay Oliver de 2005.

©François Chevalier - Perpetual Loyal (2008- v 2014)


Ce plan Kouyoumdjian
est également dérivé des 60’Open IMOCA et des Volvo 70. À sa mise à l’eau en 2008, il semblait vraiment extrême alors que, comparé aujourd’hui à Comanche, il est beaucoup moins large, un peu plus lourd et un peu moins voilé. La moitié du poids du voilier se trouve dans le lest qui bascule à l’extérieur de la coque au vent (Lest qu’il a perdu dans le Fastnet 2011). Si le vent vient à monter, 8 mètres cubes de ballast d’eau de mer viennent calmer le jeu, ce qui lui donne un moment de redressement qui n’était pas comparable à ses anciens concurrents. Sa faculté de partir au planning aux allures portantes lui confère une vitesse de pointe exceptionnelle.

Les Ragamuffin font partie de l’histoire de l’Australie, Syd Fisher a couru 45 fois la Sydney Hobart, remporté deux fois l’Admiral’s Cup, trois victoires dans la Sydney Hobart dont une en temps compensé, et l’on ne compte plus ses victoires depuis son premier Ragamuffin de 1968. Syd entretient trois voiliers pour couvrir ses ambitions de conquêtes, un 100 pieds, un 90 pieds et un TP 52.

©François Chevalier - Ragamuffin 100 (2014)


Dessiné par Andrew Dovell, le dernier Ragamuffin 100 sort juste de chantier. Baptisé le 2 décembre 2014, il est conçu suivant les derniers critères technologiques, mais se distingue radicalement des voies empruntées par Perpetual Loyal et Comanche. C’est avant tout un voilier de compromis, qui se veut compétitif par tout temps, y compris les petits airs qui règnent parfois au départ de Sydney ou à l’arrivée entre l’ile Tasman et Hobart. Donc une coque à bouchains, mais pas trop large, une flottaison courte, mais rasante, des ballasts pour changer l’assiette du voilier ou augmenter la raideur.

Construit en 2003 en Nouvelle-Zélande sous le nom de Zana, Rio 100 a été profondément modifié par le chantier Cooksons, sous la direction de l’architecte Brett Bakewell-White et du skipper Keith Kilpatrick, en sectionnant la coque à la moitié, afin de l’élargir sur l’arrière, de l’alléger, et lui adjoindre deux safrans. 

©François Chevalier - Rio 100 (2003 - new version)


La nouvelle quille est rétractable, si bien que le voilier ne porte pas la même voilure que ses concurrents directs, tous pourvus de quilles basculantes. Son principal atout est son extrême légèreté, six à huit tonnes de moins que les autres 100 pieds et son rating IRC, 1,723. Aux dires même de son propriétaire Manouch Moshayedi, « il y a une chance sur un million que nous ayons les conditions météos idéales pour nous. »

©François Chevalier - Parcours de la Sidney-Hobart



Caractéristiques :

Comanche

Maxi 100’
Sloop
Architectes : VPLP et Guillaume Verdier.
Constructeur : Hodgdon Yachts, Boothbay, Maine, USA
Baptême : 27 septembre 2014
Longueur : 30,48 m
Longueur hors tout : 30,48 m
Longueur à la flottaison : 30,25 m
Largeur : 8 m
Tirant d’eau : 6,80 m
Tirant d’air : 45,75 m

Bout-dehors : 3,70 m
Déplacement : 29,5 t
Surface de la GV : 410 m2
Voilure au près : 760 m2

Voilure au portant max : 1 400 m2


Wild Oats XI

Maxi 100’
Sloop
Architectes : Reichel/Pugh
Constructeur : McConaghy, Sydney
Baptême : 2 décembre 2005
Longueur : 30,48 m
Longueur à la flottaison : 29,40 m
Largeur : 5,40 m
Tirant d’air : 44 m

Tirant d’eau : 5,90 m
Bout-dehors : 3,50 m
Déplacement : 32 t
Surface de la GV : 390 m2
Voilure au près : 630 m2

Voilure au portant max : 1 250 m2


Perpetual Loyal (ex-Rambler 100, ex-Speedboat)

Maxi 100 pieds
Sloop
Architecte : Juan Kouyoumdjian

Chantier : Cookson Boats, Auckland (NZ)

Mise à l’eau : 17 avril 2008

Longueur : 30,48 m
Flottaison : 29,99 m

Bau : 7 m

Tirant d’eau : 5,70 m

Tirant d’air : 47 m

Bout-dehors : 5 m
Déplacement : 30,6 t
Ballast : 8 t
Surface de la GV : 375 m2
Voilure au près : 660 m2

Voilure au portant max : 1 340 m2


Ragamuffin 100

Maxi 100 pieds
Sloop
Architecte : Andrew Dovell
Chantier : Cookson Boats, Auckland (NZ)

Mise à l’eau : 2 décembre 2014
Longueur : 30,48 m
Flottaison : 28,65 m

Bau : 5,75 m

Tirant d’eau : 5,70 m

Tirant d’air : 45,40 m

Bout-dehors : 4,55 m
Déplacement : 32 t
Ballast : 6 t
Surface de la GV : 375 m2
Voilure au près : 610 m2

Voilure au portant max : 1 300 m2


Rio100 (ex Zana, ex Konica Minolta, ex Lahana)

Maxi 100 pieds
Sloop
Architecte : Brett Bakewell-White
Chantier : Cookson Boats, Auckland (NZ)

Mise à l’eau : 2003-2014
Longueur : 30,48 m
Flottaison : 30,15 m

Bau : 5,25 m

Tirant d’eau : 4,25/5,80 m

Tirant d’air : 38 m

Bout-dehors : 4,15 m
Déplacement : 23,5 t
Surface de la GV : 271 m2
Voilure au près : 447 m2

Voilure au portant max : 1 052 m2


vendredi 21 novembre 2014

LA SAGA DES RUNA











C'est une aventure un peu folle, mais irrésistible,
car elle implique avant tout des hommes liés par l'amitié. 
C'est l'histoire d'une passion commune, 
une chronique marquée par l'amour de l'art 
et de la culture que j'ai tenu à rapporter. 
Voici La Saga des Runa...

Yves Carcelle (1848-2014)


Le Livre est en souscription jusqu'au 4 décembre 2014

Pour acheter le livre, aller sur le site : http://www.lasagadesruna.com


Je viens de mettre un point final à mon dernier livre : LA SAGA des RUNA. Il s’agit d’un ouvrage dont Yves Carcelle, l’ancien PDG de Louis Vuitton, m’avait confié l’écriture.


Yves était tombé sous le charme des créations d’un danois, architecte de profession, yacht designer occasionnel et passionné de navigation hauturière, amoureux et chantre d’une nature sauvage, membre du prestigieux Royal Danish Yacht Club : Gerhard Rønne (1879-1955), qui n’a, en tout et pour tout, dessiné que 10 voiliers dont 7 Runa !

Gerhard Peter Rønne ©Jacques Taglang

En 2009, Yves Carcelle est tombé sous le charme des créations de Rønne. Il a ainsi acquis le yawl Runa IV (1918) et le cotre Runa VI (1927) et les a magnifiquement fait restaurer par le chantier du Guip, à Brest.

Le yawl Runa IV (1918) peut après sa mise à l'eau après restauration au chantier du Guip, juin 2011 ©Nigel Pert

Le cotre Runa VI (1927), peu après sa mise à l'eau au chantier du Guip, mai 2013 ©Nigel Pert

La Saga des Runa rapporte fidèlement cette histoire qui permettra au lecteur de voyager sur les mers Baltique, du Nord, dans la Manche, en passant par la baie de San Francisco ou le long des rives brumeuses de Mystic, Rhode Island, avant de cingler sur la route des Vikings pour longer les côtes portugaises et sillonner enfin les flots de la Méditerranée…

Les hommes et les femmes qui ont croisé à bord des Runa, modestes passionnés ou personnalités plus en vue – un ex-commodore du Royal Yacht Squadron, le fils d'un prestigieux pâtissier français, un grand financier portugais – nous font découvrir ces petits canots pleins de charme.

Runa (1910). Premier du nom. Il est désormais le voilier amiral du musée danois du Yachting, à Svendborg

Le rêve d’Yves Carcelle était de retrouver tous les bateaux de Gerhard Rønne – cinq sont aujourd’hui en état de naviguer – dont le premier, Runa (1910) et deux existent toujours mais nécessitent d’importants travaux. 


Plans originaux de Runa (1910) 

De nombreux indices laissent penser qu’il serait possible de retrouver les trois derniers… Un incroyable pari qui très certainement, un jour deviendra réalité.

Il faut en outre savoir que dans le domaine du yachting, ces « petits » bateaux n'ont jamais fait l'objet d'une étude aussi développée et approfondie.

De plus, Gerhard Rønne fut notamment l'ami de Knud Degn (1880-1965), médaille d'argent aux Jeux olympiques du Havre (France) en 1924 et du peintre de Marine Sigurd Kielland-Brandt (1886-1964).

Runa VI peint par Sigurd Kielland-Brandt ©Jacques Taglang

Il a baptisé ses propres voiliers Runa (il s'en dessina à titre personnel 6 unités), expliquant ainsi le choix de ce mot : « C'est un nom que j'ai trouvé en moi. Il signifie rune ... C'est un rien mystique. Et j'ai conscience qu'il sonne bien. »

Plan de voilure de Runa VI. ©François Chevalier. François a redessiné les plans (lignes, couples et voilure) de TOUS les bateaux conçus par Gerhard Rønne. Une collection unique !

Le livre retrace en détail la restauration de Runa IV et de Runa VI menée par le Chantier du Guip. 

Runa VI tel qu'il a été récupéré par la chantier du Guip en 2011... ©Michel Le Coz

Runa VI en cours de restauration au Guip. ©Nigel Pert

Difficile de concevoir univers plus merveilleux que le chantier du Guip à Brest pour envisager et assurer la renaissance de Runa IV et de Runa VI

Yann Mauffret, l'emblématique animateur du chantier du Guip, à Brest

En effet, Le Guip est un lieu rare, habité par des hommes enthousiastes, forts d’une solide culture maritime, dont l’excellence est le maître mot.Yann Mauffret en est le lumineux animateur.

©Nigel Pert. Yves Carcelle en septembre 2013 à Saint-Tropez, à la barre de Runa VI

Les magiciens du Guip ont redonné vie aux deux Runa d’Yves Carcelle…
En découvrant son Runa VI pour la première fois à l’eau, il avait murmuré, ému :
« Je me sens comme un gosse qui vient de découvrir le jouet qu’il attendait depuis longtemps : fébrile et impatient. »

Jacques Taglang

Lien pour acquérir le livre : http://www.lasagadesruna.com/


Les photos de Nigel Pert illustrent abondamment le livre.